Momar Seyni, je vous raconte – Par Samba Diamanka

Douloureux ! Toute perte humaine est douloureuse. Surtout quand il s’agit d’une personne que nous avons eu à côtoyer pendant très longtemps. Je l’ai dit ce matin et je le redis, je me sens dévasté avec la disparition inattendue de mon ancien directeur de publication Momar Seyni Ndiaye. La faucheuse nous l’a arraché ce Mercredi. C’est vers 13 heures que la nouvelle m’est parvenue dans le bureau d’un ami après un coup de fil d’un collègue du Témoin. Des souvenirs me vinrent à l’esprit… Je vous raconte Seyni !

Lors de mon premier entretien avec lui au « Témoin », je l’ai trouvé un matin confortablement assis dans son bureau. Je frappais à la porte et pris place sur une chaise en face de lui. « Dis-moi qu’est-ce que tu sais faire jeune homme ? J’ai appris que tu es un bon journaliste avec un de tes amis » (…). On échangea longuement. Revenu d’un reportage, fatigué, assis à côté de mes collègues, il m’appela dans son bureau qui faisait face à la salle de la rédaction. « Mais Samba, ton papier est nul ! Vraiment ça, c’est de la paresse intellectuelle. Je ne veux pas voir des papiers pareils. Sinon, on rompt le contrat tout de suite ». Je sors de son bureau avec le sourire en coin. Mon ami Seydina Diallo me regarda et me dit ceci : « Il a raison. On traîne des lacunes. Faut accepter les critiques. Elles sont positives ». J’ai compris que c’était vrai. Heureusement que j’ai la carapace solide. Je le dis à vive voix. Je suis loin de maîtriser le français et ne le prétends même pas. J’essaie de m’améliorer. Dans la salle de rédaction, dès qu’il rentre, le climat devient plat. Tout le monde est concentré sur son papier. Aucun bruit. « Avez-vous terminé vos papiers ? Vous ne me direz pas que vous y êtes depuis le matin. Allez ! Remettez-moi les papiers ». On s’empressait à finir les textes. Chacun d’entre nous tapant avec frénésie sur la machine « tac tac tac ».

Le coordonnateur de la rédaction qui était à l’époque Abdoulaye Niass, ramassait les papiers et l’aidait dans la correction. Il me demanda un après-midi d’aller couvrir le premier meeting de Wade après sa chute à la place de l’Obélisque. Après avoir fait le papier, je suis rentré chez moi. Le matin, il a été appelé par des radios et télévisions pour décortiquer le papier qui était vraiment décalé par rapport aux autres faits dans la presse. « Jeune homme tu es bien mais parfois trop brouillon. Tu es capable du meilleur comme du pire. Je te félicite pour ton papier d’hier ». Ces mots me touchèrent. Il nous appelait dans son bureau et corrigeait nos papiers un à un. « Samba, stp, t’es où ? Viens, rapidement, j’ai besoin de toi pour un reportage. Tu es bon dans ce genre ». Le climat de confiance entre nous s’installa. Il confiait à Seydina Diallo, Fatou Gaye Seck et Maimouna Faye Fall certains dossiers. Il m’appelait souvent pour les reportages. Un jour, il me dit qu’il adorait ma façon très simple de faire la description.

Après son départ du « Témoin », il m’appela au téléphone pour me dire que tout ce qu’il nous faisait, c’était pour nous pousser à la persévérance, à la rigueur professionnelle. Il nous a appris l’humilité. « Je t’aime bien parce que tu acceptes d’apprendre ». Je lui répondais souvent que je continuerai à être un apprenant jusqu’à la fin de ma vie.

Le jour du baptême de mon aîné, Momar a été le premier à être chez moi. Il fit devant toute ma famille un témoignage poignant sur ma modeste personne. Ma maman était très contente. « Je te le confie. Tu es un papa pour lui », lui avait dit ma maman. Quelle tristesse ! C’est pourquoi à l’instant, je demande, moi aussi, pardon à toutes les personnes à qui j’ai eu à faire du mal ou qui le pensent sans que je le sache. Prions ensemble pour le repos de l’âme de ce puriste de la langue française, un journaliste rigoureux qui a fait sa carrière au Soleil, Témoin, et a été directeur de communication à la Sones. Adieu la belle plume, le brillantissime journaliste, l’un des meilleurs de sa génération.
Amine ! Adieu Seyni !

 

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